Emmanuèle et son tricycle... En route Léon !

, par  Thierry Roch , mis a jour le dimanche 21 novembre 2021

Une histoire de vélo d’ici en Picardie
Interview d’une cycliste pas comme les autres ou presque

Depuis quand fais-tu du vélo ?

Jamais, j’ai toujours eu horreur de ça : peur de tomber, peur des voitures, j’aime la piscine, moi. J’ai toujours vécu à Paris jusqu’il y a dix ans où nous avons migré avec enfants et mari (président de l’AU5V ce qui aura un impact sur la suite et cette interview n’est pas tout à fait déontologique mais c’est pour la cause du tricycle). J’ai décidé à l’été dernier de quitter le journal où je travaille depuis 33 ans, et c’est ce cadeau-là qui m’a aidée à prendre la décision : un magnifique tricycle rouge, électrique mais je ne me sers que peu des 5 assistances électrique...
J’ai peur d’aller trop vite, 15 à l’heure, ça me va, 3h par jour, je viens de dépasser les 2000 km depuis septembre.

C’est quoi ce tricycle, pour toi ?

La liberté, absolue. L’air. Le soleil. La solitude. La réflexion. Comme dans une piscine. J’y ai pris des décisions difficiles, en parcourant des routes que je n’aurais jamais prises à pied (j’ai longtemps pratiqué la marche, j’ai arrêté avec Léon le tricycle). Les rencontres : 3 personnes en gros par balade m’arrêtent pour en parler, Léon est une star, les gens le trouvent super, quelle bonne idée pour mes vieux parents, (en fait il faut voir, ça n’est pas forcément adapté), vous l’avez trouvé où (Léon est français du Sud), combien ça coûte (cher mais pas plus qu’un vélo électrique et tu ne risques pas de te péter la gueule). J’ai regagné de la confiance physique que j’avais perdue avec une maladie des os, j’ai perdu 3 tailles de pantalon, j’ai bonne mine et j’ai changé ma vie sur ce machin rouge.

Loisir ou vélotaf ?

Je ne taffe plus comme avant, et on ne peut garer le tricycle dans aucune gare en sécurité, donc plutôt loisirs, forme, détente, balade avec les copines quand on n’a pas le temps de se voir. Weekend et balades partagés avec mon mari qui fait du vélotaf depuis 30 ans et se désolait de me voir refuser le vélo : le tricycle est un bon compromis pour les gens comme moi, problèmes de santé, d’équilibre, de trouille, de poids, même pas peur de faire la baie de Somme au bout de même pas un mois d’entrainement en septembre : 150 bornes deux jours, sans fatigue ni courbatures, contrairement à la marche que je ne peux plus pratiquer. J’ai encore un peu peur sur les grandes routes mais de façon géniale, les gens voient que Léon n’est pas un vélo
comme les autres… peut-être parce qu’il est lourd, avec ses trois roues et sa calandre imposante et peu habituelle.

Mauvaises expériences ?

Honnêtement, non. J’ai eu deux fois pneus dégonflés il paraît que ça arrive, je ne sais pas encore comment les regonfler toute seule mais je vais apprendre, je ne sais pas l’attacher pour aller faire les courses et j’ai peur de me le faire piquer et je ne prendrais pas la nationale, les bagnoles roulent trop vite. Parfois les pistes cyclables sont dégueulasses alors je prends la vraie route et les voitures font attention. J’y ai retrouvé de la liberté de mouvement, de décision, et d’une solitude efficace.

L’attitude des voitures change par rapport à un vélo classique ?

Oui, je le vois sur l’agressivité automobile avec mes compagnons de cycle à 2 roues : sur la route avec les copines ou mon mari sur leurs vélos normaux, les autos ne sont ni patientes ni sympas. Avec mon tricycle, elles ralentissent, voire s’arrêtent pour discuter, me font des signes amicaux : je crois qu’ils prennent aussi Léon pour un engin d’handicapé et c’est très bien, avec des pouces levés, des appels de phares, un ralentissement évident quand je suis devant, des précautions en me doublant. La baie de Somme, Chantilly, Gouvieux, Coye-la-forêt, les gens sont sympas, un monsieur m’a même aidée à regonfler un pneu, je fais souvent un bout de route avec un autre cycliste sur deux roues : du lien social quoi.

Thierry ROCH

Fiche technique :
Tricycle Damius Evasion, fabriqué en France, cadre garanti à vie, vous pouvez choisir la couleur.
Prix : selon options 2500 à 3200 euros
Important : l’option cadre séparable en 2 parties vous permet de le transporter facilement en train, ou en voiture en deux parties.