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Insertion et Mobilité en Sud Oise

publié le : 31 octobre.

Le 11 octobre dernier s’est tenu à Lamorlaye une matinée d’échanges entre les acteurs de l’insertion (Centres communaux d’action sociales, associations d’aide au retour à l’emploi, créneau emploi, centre sociaux, élus et techniciens municipaux et du Département en charge des affaires sociales et des déplacements, missions locales) et les acteurs de la mobilité : Syndicat mixte « Mobilités Sud Oise », Opérateurs de Transports Collectifs (Keolis), vendeurs de vélo (Bouticycle) et prestataires de services Vélos (BobeBike), une chargée de mission écomobilité au PNR, l’AU5V... Cet échange était organisé par Emergence Sud Oise.

Le territoire Sud Oise


Ce territoire de 250 000 habitants, au sud du département de l’Oise et de la région des Hauts de France couvre un territoire comportant 6 EPCI (Communautés de Communes / Agglomération) et 86 communes. Il représente un panel assez vaste de typologies d’habitats. Une grande agglomération comme celle de Creil Sud Oise (86 000 habitants) également pôle d’attractivité économique, des aires urbaines/périurbaines avec des villes de 10 à 15000 habitants (Chantilly, Gouvieux, Lamorlaye, Senlis, Pont Sainte Maxence, Clermont de l’Oise) ... et des communes plus rurales.

Mobilités Sud de l’Oise :

Une enquête déplacement avait été réalisée en 2017 (voir le détail ici), qui a mis en évidence les interactions, les déplacements entre toutes ces EPCI qui constituent le territoire Sud Oise. Les EPCI se sont engagées dans une démarche de plan de déplacements mutualisés avec le syndicat mixte Mobilités Sud de l’Oise . Ce plan de déplacements mutualisés est en cours d’élaboration en 2019. Chaque EPCI a défini les objectifs à atteindre (en terme de parts modales des déplacements) et travaille désormais sur les moyens à mettre en place pour y parvenir. Ce travail est organisé en ateliers où de nombreux acteurs sont invités à participer.

Modes de déplacements et objectifs à atteindre :

ModePart actuelleObjectifs pour 2030
Vélo1%5%
Marche à pied25%30%
Transports collectifs8%14%
Voiture66%51%
Voiture autosolisme45%22%

Emergence en Sud Oise

Emergence en Sud Oise organisait cette matinée. Ce collectif devenu association a pour projet de réunir citoyens, entreprises, associations, collectivités afin de développer l’emploi dans l’économie sociale et solidaire dans le Sud Oise. L’AU5V est membre du conseil d’administration. Un des ateliers de ce collectif concerne la mobilité. L’objectif de cette réunion était d’aborder les difficultés de retour à l’emploi du fait de problèmes de mobilités.

2 témoignages pour illustrer cette situation

Angélique [1] est auxiliaire de vie sociale auprès des personnes âgées. Elle travaille à Creil. Sa journée se compose de 7 à 9 déplacements entre 7h et 19h avec une coupure le midi. Elle se déplace auprès de particuliers ou en EHPAD. Elle a testé le bus pour ses déplacements mais les horaires, les circuits ne correspondent pas à ses tournées « ce n’est pas possible, il y a l’attente, les trajets plus la marche pour arriver. Avec le vélo on prend des raccourcis ».

Grâce au vélo, elle part plus tard de chez elle et gagne du temps dans ses déplacements. Son inquiétude porte plus sur le stationnement : « Le vélo c’est bien gentil mais il y a des endroits ou je ne suis pas sûre de le retrouver. Dans les EHPAD j’arrive toujours à garer mon vélo ; dans les HLM c’est plus compliqué ». Pour se déplacer, elle relève que les aménagements ne sont pas toujours au rendez-vous : « A Nogent, ils ont fait des couloirs pour cyclistes, ça c’est super et il y a d’autres endroits ou c’est plus compliqué. Dans la rue Marceau ils ont fait un couloir, c’est pas mal. Pour se réinsérer dans la voirie classique, c’est plus compliqué. Rue Paul Bert il y a tout un couloir pour les cyclistes et idem rue de La Fontaine, là c’est super. Là où je fais attention, c’est quand je passe le Pont Royal. Un autre problème que l’on rencontre c’est l’état des routes, les débris de verre. »

Gérard, ancien bénéficiaire du RSA. Son témoignage est relaté par Sylvie, conseillère en insertion. Gérard a 48 ans est contraint de vivre chez ses parents à Orry-La-Ville. Il est devenu cycliste pour pouvoir se déplacer à moindre coût. En 2018 il a suivi une formation d’agent de sécurité. Il a postulé à plusieurs reprises mais sa candidature a été mise de côté car il n’avait pas de voiture. Pour les employeurs, le véhicule est un prérequis aux déplacements. « Je voyage à vélo, il y a des trains. (Ndlr : Orry est desservi par le RER, et la gare d’Orry-La-Ville Coye-la-Forêt –accessible par une piste cyclable– est à 6mn à vélo d’Orry. Cette gare est à 5mn de Chantilly, 18mn de Paris, 13mn de Creil.) Je me suis senti jugé. Mon message aux recruteurs : ne jugez pas sur la possession de la voiture »

Un tour de table pour présenter les intervenants

A l’occasion du tour de table qui a suivi, chacun a pu se présenter et expliquer les différentes situations et dispositifs mis en place.


Mme Méra, d’une association d’écocitoyens à Gouvieux, évoque la pollution qu’induit les voitures et suggère d’envisager la gratuité des transports. « La voiture, on n’en peut plus de respirer cet air pollué. C’est la cause de nombreux décès »

M. Boudet maire adjoint de Gouvieux depuis 36 ans, en charge des affaires sociales, a souligné qu’il n’y avait pas de problème de mobilités sur sa commune et que la voiture est un point important soulignant que le VAE c’est cher.

A Crépy en Valois, la mission locale pour l’emploi des jeunes en Sud Oise (Crepy-Chantilly-Senlis) avait mis en place un système de prêt de scooters, une flotte compliquée à gérer et « c’est dangereux pour aller à Senlis ». « On forme tous nos jeunes à un atelier mobilité, on leur apprend à prendre les transports en commun, se servir des plateformes. Il faut changer la mentalité des employeurs et des employés. Des gros employeurs du secteur demandent la voiture et le permis, ils disent que le covoiturage ce n’est pas fiable, je suis tenté de dire que la SNCF non plus, la voiture non plus. On tente au sein de la mission locale de développer le télétravail. »

Annick Poitout, évoque les problèmes de Betz (1200 habitants au sud est du département) où elle dirige un centre social et rural. A Betz, il faut faire 10km pour trouver une gare à Mareuil-sur-Ourcq pour aller à Paris. Betz est aussi à 10km de Nanteuil-le-Haudouin et 10km de Crépy. « On a une référente famille qui fait blablacar : elle met les gens en relation, c’est mieux qu’une plateforme. Depuis 2 ans on a pris l’initiative de créer un parc de vélos pour tous les âges. On a un bénévole qui fait l’entretien de ces 50 vélos. »

Delphine Piquemal, responsable marketing pour Keolis précise que dans l’appel d’offres de la mairie de Lamorlaye « on va mettre des vélos » et précise que dans les prochains appels d’offres nous mettrons des porte-vélos à l’arrière des bus pour accueillir les vélos plutôt que de faire sortir le chauffeur pour ouvrir la soute.

Olivier Crapoulet, du réseau coup de main « les salariés en insertion ne sont pas toujours en capacité de se déplacer en voiture. 2/3 de nos salariés sont des femmes. Avec l’apprentissage vélo réalisé par Écomobiz, en 13 séances les personnes ont appris à faire du vélo. Leur dernière séance consistait à multiplier les modes de transport vélo+train+car. Ça leur permet d’étendre le rayon où chercher un emploi, jusque Roissy et dans toute la région parisienne. »

JM Vandergot, en charge du pacte territorial du Département de l’Oise précise que le 7ème chantier du Département du pacte territorial porte sur les mobilités. Le CD60 aide au financement du permis de conduire via le dispositif PASS Permis Citoyen

Coline Lepachelet, chargée de mission écomobilité pour le Parc Naturel Régional Oise - Pays de France : « le Parc travaille sur la mobilité du quotidien : après l’aide à l’achat d’un vélo à assistance électrique, l’aide aux communes pour l’installation de stationnements vélo, le Parc a mis en place Rezopouce : il couvre 50 communes sur le Sud de l’Oise. Ça a eu du mal à prendre au début avec une application qui ne fonctionnait pas très bien. Le Parc peut organiser des animations autour de la mobilité. Le Parc a aussi initié deux schémas cyclables. »

D’après Philippe Lemaire, de Bouticycle, il se vend chaque année 3 millions de vélo contre 2 millions de voitures. Il annonce lancer un partenariat avec Mobiflex et souligne que la Région Ile-de-France vient d’annoncer une aide à l’achat de 500€ pour un VAE (en plus de la location de VAE Veligo pour 6 mois à partir de 20€ / mois et qui inclut l’entretien).

Myriam Martel, chargée de mission emploi insertion sur l’agglo de creil :
« Pour ajouter sur le maillage du territoire creillois, on a une tarification adaptée, on a des ateliers sur la mobilité pour expliquer les transports en commun. »

Agnès, directrice de Valois Emploi, qui agit sur une cinquantaine de communes rurales : « on essaie de recruter localement, on organise du covoiturage ».

Thierry Roch pour l’AU5V, rappelle le discours d’Elisabeth Borne –alors ministre des transports– « il faut cesser de regarder le vélo avec condescendance » et invite à s’enlever les ornières. « Oui, un bon VAE coûte cher. De 1500 à 2000 € à l’achat (puis environ 200€ par an), mais à mettre en face du coût d’une voiture, estimé entre 5000 à 6000€ par an. Dans bien des cas de figure, le VAE permet d’éviter la deuxième voiture. Il y a une véritable attente des citoyens de pouvoir se déplacer à vélo. »

Fredéric Schneider  : « Aujourd’hui il y a plein de solutions. Il ne faut pas les écarter. »

Notes

[1Les prénoms ont été modifiés